ACTUALITÉS INSERM
 
Covid-19 et santé mentale : un site et une appli pour prévenir le mal-être
Dans la situation inédite que nous vivons, il est normal de se sentir stressé, déboussolé ou dépassé par les événements. Pour aider à faire face à ces sentiments, l’équipe Inserm à l’origine de StopBlues, un dispositif numérique conçu pour agir sur le mal-être psychologique, l’a enrichi d’une rubrique Covid-19.
 
 
 
Comprendre les spécificités du Covid-19 chez les enfants
Parce qu’ils sont moins souvent et moins sévèrement touchés que les adultes, l’acquisition des connaissances relatives au Covid-19 chez les enfants reste difficile. Afin d’accélérer la recherche et les progrès pour ces malades, le réseau Pedstart de l’Inserm a mis en place un groupe de travail dédié.
 
 
ACTUALITÉS DE LA RECHERCHE INTERNATIONALE
 
Ne pas se fier aux symptômes !
Depuis le début de l’épidémie, on observe que les personnes infectées par le SARS-CoV-2 ne sont pas toutes contagieuses au même degré. Pour mieux évaluer qui est susceptible de transmettre le virus, et quand, des chercheurs de la faculté de médecine de Guangzhou (Canton) et de l’université de Hong Kong ont étudié l’évolution de l’excrétion virale chez 94 cas confirmés de Covid-19. Ils ont ensuite croisé leurs résultats avec des données épidémiologiques générales sur la période d’incubation de SARS-CoV-2 et la dynamique des chaînes de transmission.
Leurs travaux montrent que 44 % des infections par le SARS-CoV-2 auraient pour origine une personne présymptomatique, c’est-à-dire qui n’a pas encore développé de symptômes détectables. En moyenne, les patients commençaient à être contagieux 2,3 jours avant la manifestation des symptômes – une contagiosité qui atteindrait un pic à 0,7 jour après leur apparition. Il existe donc un risque très important que le virus soit régulièrement transmis entre des personnes non symptomatiques, et donc possiblement moins vigilantes que si elles se savaient malades. La mise en quarantaine, lorsqu’elle est recommandée uniquement sur des critères symptomatiques, échouerait donc à avoir un effet au moment où les individus sont les plus contagieux. Des informations qui pourraient permettre d’adapter les recommandations sur les comportements-barrières, l’utilisation de masques, ainsi que le calibrage des méthodes de suivi de contacts.

Xi He, et al. Nature Medicine, 15 avril 2020.
DOI : 10.1038/s41591-020-0869-5
 
 
L’Islande, un modèle pour étudier la propagation du virus
L’Islande a été l’un des premiers pays à combiner différentes méthodes de dépistage dans le but d’avoir un premier aperçu de la diffusion du SARS-CoV-2 sur son territoire. Ici, une étude en collaboration avec l’université d’Islande et l’entreprise biopharmaceutique de CODE Genetics-Amgen a permis de réaliser trois types de tests à grande échelle. D’une part, les chercheurs ont effectué le dépistage ciblé de 9 199 personnes à haut risque de contracter le virus à cause de leurs symptômes ou d’un voyage récent dans un pays touché par l’épidémie de Covid-19 : 13,3 % d'entre eux se sont révélés positifs. D’autre part, ils ont testé 10 797 personnes sur invitation (c’est-à-dire sur demande de volontaires), puis un échantillon randomisé de 2 283 personnes.
Dans les deux cas, le taux de contamination était de 0,8 %. Ce taux, plus représentatif du risque de contamination en population générale, n’a guère évolué au cours du temps ; on peut l’associer aux interventions précoces des autorités islandaises ainsi qu’à l’efficacité des mesures de distanciation sociale et d’isolement. Le dépistage en population générale a également permis de montrer que chez les enfants de moins de 10 ans, l’incidence d’une infection par le SARS-COV-2 était plus faible que chez les adolescents et les adultes. Elle était également plus faible chez les femmes que chez les hommes. Ces résultats dessinent une diffusion lente mais constante du virus en Islande malgré le faible nombre de cas confirmés, encourageant les autorités à redoubler d’attention.

Daniel F. Gudbjartsson, et al. The New England Journal of Medicine, 17 avril 2020.
 
 
C'EST DANS L'AIR
 
Quelle immunité après une infection par le SARS-CoV-2 ?
Comment éviter un second pic épidémique une fois le confinement levé ? Pour protéger une population contre une infection virale, l’immunité collective peut être un objectif à atteindre.
Le concept est simple : pour que la population dans son ensemble soit protégée, il suffit qu’une certaine proportion de cette population soit immunisée contre le virus, soit parce qu’elle y a été exposée et a développé une réponse immunitaire, soit parce qu’elle a été vaccinée. Pour faire face à la pandémie actuelle, certains experts, notamment au Royaume-Uni, avaient estimé que l’immunité collective serait atteinte lorsque 60 % de la population aurait été exposée et aurait développé des anticorps contre le SARS-CoV-2. Nous en sommes encore loin : les derniers travaux de modélisation de la pandémie de Covid-19 de l’Inserm suggèrent ainsi qu’au 5 avril 2020, moins de 10 % de la population française aurait été infectée par le virus.

Mais au-delà de ces considérations, faire le pari de l’immunité collective fondée sur l’infection progressive et contrôlée de la population pourrait s’avérer risqué dans la mesure où de nombreuses questions concernant l’immunisation conférée par l’infection restent encore en suspens.

Immunité et réinfections
En l’état actuel des connaissances, il est difficile de dire si le fait d’avoir été infecté par le virus signifie automatiquement que l’on est immunisé, et le cas échéant, pour combien de temps. En effet, les anticorps développés contre le virus ne sont pas forcément neutralisants (anticorps « bloquant » le virus) chez tous les individus, et leur présence pourrait simplement témoigner du fait que l’organisme a été en contact avec le virus. Si l’on prend l’exemple du rhume hivernal banal, le fait de l’attraper une fois ne signifie pas que l’on est protégé pour le reste de la saison.

Dans ce cadre se pose donc la question de savoir si l’on peut être réinfecté. Plusieurs cas de réinfections ont été rapportés, notamment en Chine et en Corée du Sud. Certains experts ont néanmoins émis l’hypothèse qu’il s’agirait peut-être d’individus sortis de l’hôpital alors qu’ils étaient encore infectés, et dont la charge virale faible avait ensuite rebondi. D'autres pensent également qu’une réinfection pourrait être possible pendant l'intervalle entre la guérison et l'apparition des anticorps. À l’heure actuelle, il est très difficile de conclure sur cette question, car les chercheurs manquent encore de recul.

Des recherches sont en cours pour mieux répondre à ces interrogations, les travaux les plus aboutis n’ayant pour le moment donné lieu qu’à des publications en preprint et devant donc être analysés avec prudence. Une étude menée à Shanghai sur 175 patients convalescents a ainsi montré que la grande majorité d’entre eux développait des anticorps neutralisant 10 à 15 jours après l’apparition des symptômes. Par ailleurs, pour une dizaine, aucun anticorps neutralisant n’a été détecté dans le sang. Ces derniers étant sortis guéris de l’hôpital, il est probable que d’autres aspects de la réponse immunitaire entrent en jeu dans la lutte contre le virus. Ces résultats devront désormais être complétés par d’autres études rigoureuses publiées notamment dans des revues à comité de lecture.

Durée et ampleur de l’immunité
Autre interrogation clé : combien de temps une immunité contre le virus, même partielle, peut-elle durer ? Les recherches sur d’autres types de coronavirus peuvent apporter quelques indications. Dans le cas de l’épidémie de SRAS partie de Chine au début des années 2000, des études avaient rapporté que 10 % des patients n’étaient plus immunisés au bout de 12 mois. Il n’est toutefois pas certain que ces données soient applicables au SARS-CoV-2.

Dans le cas du Covid-19, de premiers résultats suggèrent que la durée de vie des anticorps pourrait être assez courte, et que les individus infectés pourraient n’être protégés que pour quelques mois, voire quelques semaines. Cependant, le recul par rapport au début de l’épidémie est encore insuffisant pour confirmer cette hypothèse ou estimer précisément la durée de l’immunité. Approfondir les connaissances sur toutes ces questions est nécessaire aussi bien pour orienter les décisions publiques en matière de déconfinement et de dépistage de la population avec les tests sérologiques, que pour faire avancer la recherche vaccinale contre le SARS-CoV-2.

Texte préparé avec la collaboration de Marie-Paule Kieny, directrice de recherche Inserm et membre du Comité analyse recherche et expertise (Care). 
 
LA PHOTO DU JOUR
 
 
Analyse de quantifications de charge virale de SARS-Cov2
 
Une assistante ingénieure de l’équipe de recherche Infection respiratoire et immunité dirigée par le chercheur Inserm Mustapha Si-Tahar au sein du Centre d’étude des pathologies respiratoires - CEPR (unité 1100 Inserm/Université de Tours) réalise des analyses de quantifications de charge virale de Sars-Cov-2 sous un poste de sécurité microbiologique (PSM).
 
© J. Pardessus
 
 
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