ACTUALITÉS INSERM
 
Les cellules souches sanguines ont une mémoire immunitaire et ouvrent des pistes dans la recherche sur le Covid-19
Les cellules souches du sang auraient une propriété surprenante. En plus d’assurer le renouvellement continu des cellules sanguines, ces cellules gardent une trace des infections passées pour déclencher une réponse immunitaire plus rapide et plus efficace par la suite, d’après une nouvelle étude codirigée par la chercheuse Inserm Sandrine Sarrazin et par le chercheur CNRS Michael Sieweke du Centre d’immunologie de Marseille-Luminy (CNRS/Inserm/Aix-Marseille Université) et du Centre des thérapies régénératives de l’Université technique de Dresde (Allemagne). Cette découverte pourrait avoir un impact significatif sur les futures stratégies de vaccination, notamment celles explorées dans le cadre de la pandémie de Covid-19. Elle permettrait aussi de faire progresser la recherche sur de nouveaux traitements visant à moduler le système immunitaire.
 
 
 
Covid-19 : un récepteur cellulaire au centre de toutes les attentions
ACE2 est une protéine clé dans la physiologie du Covid-19, nécessaire à l’entrée du virus SARS-CoV-2 dans les cellules de l’hôte. De cette première interaction découleraient plusieurs implications cliniques, avec notamment des conséquences sur le fonctionnement du système cardiovasculaire, mais pas que...
 
 
 
Point d’étape sur l’essai Discovery promu par l’Inserm
Au 7 mai 2020, 742 patients sont inclus dans l'essai Discovery, essentiellement en France. Discovery est un essai thérapeutique promu par l’Inserm, fils de l'essai Solidarity, conduit sous l'égide de l'OMS en Europe et dans le monde. L'investigatrice principale de l’étude, Florence Ader (Hospices civils de Lyon), fait le point sur l’avancement de l’essai et sur sa mise en place à l’échelle européenne.
 
 
ACTUALITÉS DE LA RECHERCHE INTERNATIONALE
 
Des données plus précises sur les cas pédiatriques
Récemment, de nouvelles observations sur des cas graves d’enfants infectés par le SARS-CoV-2 et hospitalisés ont soulevé de vives inquiétudes. Or, les données pédiatriques sur la maladie sont encore trop parcellaires pour évaluer la prévalence des formes Covid-19 sévères chez les enfants. Pour cette raison, un projet de collaboration internationale, Covid-19 Picu, a été lancé afin que les hôpitaux pédiatriques de différents pays puissent partager, comparer et analyser leurs données. Environ 300 services de réanimation issus d’une centaine d’hôpitaux participent à cette initiative.

Dans ce cadre, une étude menée par des hospitalo-universitaires de 46 unités de soins intensifs en Amérique du Nord nous fournit un premier aperçu de la situation. Elle confirme que les enfants sont, comme les adultes, potentiellement exposés à de graves complications de la maladie, même si les formes sévères sont beaucoup moins fréquentes chez ces premiers. Ici, les médecins montrent qu’elles touchent en grande majorité les enfants qui présentent des comorbidités : sur les 48 patients étudiés, 40 (83%) étaient concernés par des problèmes de santé, comme le diabète, l’obésité, des anomalies du développement, des problèmes cardiaques ou l’immunodépression. Par ailleurs, 35 (73%) avaient des symptômes respiratoires importants et 18 (38%) ont été placés sous assistance respiratoire. Les auteurs insistent enfin sur le fait que, chez les enfants, la grippe saisonnière présente un risque de complications beaucoup plus élevé que le Covid-19.
 
Lara S. Shekerdemian, et al. JAMA Pediatrics, 11 mai 2020.
DOI : 10.1001/jamapediatrics.2020.1948
 
 
Vaccin contre le SARS-CoV-2 : des indices encourageants
Parce qu’il n’existe encore aucun traitement efficace contre le Covid-19, et parce qu’aucune mesure sanitaire n’est en mesure de stopper entièrement la transmission du SARS-CoV-2, la création d’un vaccin qui permette d’assurer une immunité collective au virus est très attendue. Or, malgré les efforts considérables déployés par la recherche pour raccourcir au maximum les délais de développement, l’horizon d’un vaccin efficace et sûr est encore lointain. Les chercheurs sont particulièrement attentifs au risque qu’un candidat vaccin entraîne une réaction immunopathologique appelée « facilitation de l'infection par des anticorps » (pour antibody-dependant enhancement, ADE), qui a par le passé fortement entravé la recherche sur des vaccins ciblant des coronavirus.

Une équipe interdisciplinaire chinoise a cependant obtenu des résultats encourageants avec leur candidat vaccin inactivé, PiCoVacc, qui a entraîné la production d’anticorps neutralisant le SARS-CoV-2 chez des rongeurs et des macaques, sans toutefois provoquer d’ADE. Les primates qui avaient reçu une dose de 6 microgrammes étaient entièrement protégés de la réinfection après une nouvelle exposition au virus. Les auteurs précisent que leurs travaux ne permettent pas de déterminer si l’ADE peut se manifester après que le nombre d’anticorps neutralisants a diminué, au bout de quelques semaines ou mois. Cependant, leurs résultats sont suffisamment encourageants pour motiver des essais cliniques, qui devraient débuter dans le courant de l’année.

Qiang Gao, et al. Science, 6 mai 2020.
DOI : 10.1126/science.abc1932
 
C'EST DANS L'AIR
 
Tests diagnostiques et tests sérologiques : quel rôle dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 ?
Nécessaires pour mieux appréhender l’exposition de la population française au SARS-CoV-2 depuis le début de l’épidémie, les tests sérologiques sont à distinguer des tests diagnostiques RT-PCR. Des tests sérologiques fiables pourraient avoir un rôle très important pour orienter la décision publique dans le cadre de la pandémie de Covid-19 et pour faire progresser la recherche, mais de nombreuses interrogations demeurent à la fois sur la réponse immunitaire face au virus et sur la qualité des tests disponibles à ce jour.

Les tests RT-PCR sont les tests de référence pour le diagnostic de la phase aiguë du Covid-19. Fondés sur des méthodes de biologie moléculaire, ils permettent de détecter la présence du SARS-CoV-2 dans l’organisme d’un individu à un instant T et donc de confirmer un diagnostic de Covid-19 posé par un médecin. Concrètement, des échantillons nasopharyngés sont recueillis chez les personnes qui présentent des symptômes de la maladie par le biais d’un écouvillon introduit dans la narine jusqu’au rhinopharynx. À l’heure actuelle, la période idéale pour détecter l’ARN viral est de 1 à 7 jours après l’apparition des symptômes. Au-delà, le prélèvement nasopharyngé n’est plus optimal, comme l’indique la Haute Autorité de santé (HAS) dans un récent rapport. D’autres prélèvements (salivaires par exemple) peuvent alors être envisagés pour établir un diagnostic.

Les tests sérologiques quant à eux permettent de déterminer si une personne a été exposée au SARS-CoV-2, en identifiant la présence dans l’organisme d’anticorps produits suite à l’infection. Les individus asymptomatiques peuvent ainsi, eux aussi, être identifiés. Dans certains cas, pour les patients symptomatiques, les tests sérologiques peuvent être utilisés en complément des tests RT-PCR pour confirmer un diagnostic ou repérer des faux négatifs.

Toutefois, plusieurs travaux soulignent que la production d’anticorps n’est détectable qu’au bout de la deuxième semaine après l’apparition des signes de la maladie, ou au bout de 5 à 10 jours avec les tests les plus sensibles disponibles actuellement, comme l’indique une étude publiée début mai dans le Lancet Infectious Diseases. En conséquence, les tests sérologiques ne sont pas recommandés dans le cadre du diagnostic précoce de l’infection Covid-19. En effet, avec un diagnostic reposant uniquement sur les tests sérologiques, un certain nombre de personnes en début d’infection ne seraient pas repérées.

Intérêt actuel des tests sérologiques pour la recherche
À ce jour, les tests sérologiques utilisés les plus couramment détectent la présence dans le sang d’anticorps spécifiques du virus sans pour autant donner d’information sur leur pouvoir neutralisant. Les autres tests sérologiques qui peuvent être réalisés sont beaucoup plus lourds à mettre en place à grande échelle. Ces tests dits « de neutralisation » ne donnent pas seulement une information quantitative sur la présence des anticorps, mais fournissent également des informations qualitatives sur leur capacité à bloquer l’entrée du virus dans des cellules cibles.

Toutefois, en l’état actuel des connaissances scientifiques, le fait d’identifier des anticorps (dont des anticorps neutralisants) dans l’organisme grâce aux tests sérologiques n’est pas nécessairement synonyme de protection. Aucune étude scientifique n’a encore évalué si la présence d’anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2 confère une immunité contre une infection ultérieure ni quelle serait la durée d’une telle immunité. De fait, de nombreuses questions subsistent concernant la réponse immunitaire face au virus (voir notre note explicative sur le sujet) et l’existence d’une protection certaine et définitive suite à une infection par le SARS-CoV-2 n’est pas encore garantie.
Tant que nous n’aurons pas de données précises et de recul sur cette question, les tests sérologiques ne pourront pas être utilisés en routine au service d’un « passeport immunité » pour identifier des personnes qui seraient entièrement protégées contre une éventuelle réinfection et pourraient sortir sans risque. À noter enfin que la qualité des tests sérologiques existants est encore très variable et que de nombreuses équipes, en France et à l’étranger, tentent de développer des tests plus fiables.

Les tests sérologiques ont cependant dès à présent un rôle à jouer dans la surveillance épidémiologique pour identifier les personnes étant ou ayant été en contact avec le virus afin de parvenir à une estimation plus précise de sa diffusion dans la population, et pour permettre une meilleure connaissance de l’historique de l’infection au sein de cette dernière. C’est notamment l’ambition du projet EpiCOV porté par l’Inserm, qui s’appuie sur ces tests pour quantifier la proportion de personnes ayant développé des anticorps en réaction au virus SARS-CoV-2 et documenter les effets de cette épidémie sur les conditions de vie. Un autre exemple intéressant pour illustrer ce type d’usage a été décrit dans une récente étude publiée dans le Lancet Infectious Diseases. Réalisés à Singapour, ces travaux montrent comment l’utilisation de tests sérologiques a permis d’identifier les liens existants entre trois clusters (deux au sein de deux églises différentes, et l’un correspondant à un rassemblement familial), en identifiant un individu appartenant à deux de ces groupes ayant été infecté par le virus mais précédemment testé négatif par RT-PCR.
Les tests sérologiques peuvent également s’avérer importants dans un contexte de recherche clinique. Comme le souligne une publication dans Nature Medicine, ils pourraient par exemple être utilisés au début d’un essai clinique visant à évaluer des traitements préventifs chez les soignants. Ils permettraient de rendre ces essais plus robustes, en contribuant à l’identification des personnes ayant déjà été infectées pour les exclure de l’analyse.

En l’absence de connaissances plus précises sur la réponse immunitaire face au SARS-CoV-2 et de tests sérologiques plus fiables pouvant être menés à grande échelle, la portée de ces outils utilisés en population générale pour identifier les personnes potentiellement immunisées contre le virus reste encore limitée. Les tests disponibles actuellement présentent toutefois un intérêt majeur pour récolter des données épidémiologiques fiables et faire avancer la recherche clinique.
 
Texte réalisé avec le soutien de Sophie Ugolini, chercheuse Inserm au Centre d’immunologie de Marseille – Luminy (CIML, unité 1104 Inserm/CNRS/Aix-Marseille Université)
 
LA VIDÉO DU JOUR
La chercheuse Vittoria Colizza explique comment modéliser l’impact de la réouverture des écoles sur l’épidémie de Covid-19.
 
L’équipe de la directrice de recherche Inserm Vittoria Colizza à l’institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Inserm/Sorbonne Université) publie un nouveau rapport pour modéliser l’impact potentiel de la réouverture des écoles en Île-de-France sur la progression de l’épidémie.
 
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