ACTUALITÉS INSERM ET CONSORTIUM REACTING
 
Vers des anticorps thérapeutiques contre le Covid-19
Le laboratoire Immunologie humorale de l’institut Pasteur (Paris) recherche des anticorps capables de neutraliser le virus SARS-Cov-2. Dans ce but, l’équipe Inserm dirigée par Hugo Mouquet va isoler des lymphocytes B mémoires spécifiques du virus à partir du sang de patients en rémission, puis les utiliser pour produire des anticorps monoclonaux qu’elle étudiera au cas par cas. L’équipe espère ainsi rapidement proposer des anticorps monoclonaux potentiellement thérapeutiques, et contribuer au développement d’un vaccin.
 
 
 
Une grande enquête nationale pour étudier la santé et les enjeux sociaux de la pandémie de Covid-19 et du confinement
Afin de mieux comprendre les enjeux épidémiologiques et sociaux des mesures de prévention exceptionnelles mises en place pour lutter contre la pandémie de Covid-19, et notamment du confinement, un groupe pluridisciplinaire de chercheurs et chercheuses lance une enquête auprès d’environ 200 000 participants de cinq grandes cohortes nationales, en collaboration avec l’Inserm et Santé publique France.
 
 
ACTUALITÉS DE LA RECHERCHE INTERNATIONALE
 
Wuhan : la maîtrise agressive
Tandis que de nombreux pays estiment avoir passé le pic épidémique de Covid-19 et envisagent de relâcher certaines mesures sanitaires, il est déterminant de mieux comprendre leur efficacité. Des chercheurs de l’Université des sciences et technologies de Huazhong ont donc examiné les effets des interventions en santé publique sur l’évolution de différents paramètres épidémiques à Wuhan, de décembre 2019 à mars 2020. Pour cela, ils ont étudié une gigantesque cohorte de 32 583 patients testés positifs au Covid-19.
Leurs résultats montrent que le taux de cas confirmés par jour a culminé au cours de la première quinzaine de février, puis diminué dans tous les groupes d'âge, à l'exception des enfants et des adolescents, après la mise en place d’une quarantaine centralisée pour les personnes symptomatiques. Sur l’ensemble de la période, le taux de cas confirmés par jour était trois fois supérieur chez le personnel soignant non confiné (130,5 cas par million de personnes), que dans la population générale (41,5 cas par million de personnes). Quant à la proportion de cas graves et critiques, elle a diminué régulièrement de 53,1 % à 10,3 % de décembre à mars, en parallèle de la mise en place successive d’un cordon sanitaire, de restrictions aux déplacements, de la quarantaine et d’une surveillance étroite des symptômes dans la population. Enfin, le cumul de ces différentes mesures est associé à l’effondrement du taux de reproduction du virus : avant le 26 janvier, chaque personne malade infectait en moyenne 3 personnes, et seulement 0,3 après le 1er mars.

An Pan, et al. JAMA, 10 avril 2020.
DOI : 10.1001/jama.2020.6130
 
 
Premiers résultats pour le plasma
La transfusion de plasma de patients guéris du Covid-19 à des patients en phase aiguë de la maladie soulève de nombreux espoirs. En effet, cette technique pourrait fournir de précieux anticorps à des malades dont les symptômes sont préoccupants, et dont l’état risque de se détériorer ou de se prolonger. Des essais cliniques ont été lancés pour évaluer son efficacité, mais les résultats d’interventions thérapeutiques encourageantes nous parviennent déjà.
Une équipe chinoise, issue d’une collaboration académique et industrielle, a transfusé du plasma de patients convalescents à dix patients sévèrement atteints par la maladie. Les chercheurs montrent qu’une dose de 200 ml de ce plasma est bien tolérée. Capable d’augmenter ou de maintenir la quantité d’anticorps neutralisants à un niveau suffisant, la transfusion de plasma a été suivie par une disparition de toute trace détectable du virus dans le sang en 7 jours. Du côté clinique, les patients ont vu leurs symptômes s’améliorer en 3 jours, tandis que l’examen radiologique a montré la résorption totale ou partielle des lésions pulmonaires en 7 jours.
Les chercheurs réaffirment donc que des essais cliniques de plus grande ampleur sont les bienvenus pour évaluer le bénéfice thérapeutique du plasma de patients convalescents à long terme. De plus, il faudra définir avec précision la dose de plasma à utiliser et la temporalité de l’administration, pour une efficacité idéale du traitement.

Kai Duan, et al. PNAS, 6 avril 2020.
DOI : 10.1073/pnas.2004168117
 
C'EST DANS L'AIR
 
Covid-19 : que faut-il retenir du rapport Inserm sur le déconfinement ?
Publié dimanche 12 avril 2020, à la veille du discours d’Emmanuel Macron, président de la République française, un rapport coordonné par la chercheuse Inserm Vittoria Colizza à l’institut Pierre-Louis d'épidémiologie et de santé publique (Inserm/Sorbonne Université) à Paris dessine plusieurs scénarios de sortie du confinement, apportant un éclairage à la décision publique pour les semaines à venir.
 
Fortement médiatisé dès sa sortie, il convient néanmoins de rappeler que ce rapport n’a pas de valeur prédictive et que son objectif n’est ni de prescrire ni d’imposer une stratégie de déconfinement, mais plutôt de modéliser les évolutions possibles de l’épidémie dans cette période de déconfinement, en s’appuyant :
  1. sur les données hospitalières disponibles ;
  2. sur l’effet des mesures de distanciation sociale ;
  3. sur des hypothèses de reprise de certaines activités économiques. 

Quels étaient les objectifs de ce rapport ?
Le travail réalisé par l’équipe de Vittoria Colizza pour produire ce rapport avait plusieurs objectifs. Dans un premier temps, le but des chercheurs était d’étudier certaines données disponibles pour mieux appréhender l’évolution de l’épidémie depuis ses débuts, mieux identifier le stade auquel nous nous trouvons, et évaluer quel pourrait être le taux d’immunité dans la population. Le calibrage des modèles décrits dans le rapport repose sur une analyse des données hospitalières en Île-de-France (nombre d’admissions à l’hôpital, incidence de cas sévères admis en réanimation, durée d’hospitalisation, nombre de décès).

Dans un second temps, l’objectif était également d’analyser ces données pour mieux comprendre l’impact du confinement sur l’évolution de l’épidémie, et notamment sur la saturation du système hospitalier.

Enfin, sur la base de toutes ces informations, et en prenant en compte les capacités de la France à déployer les tests de dépistage à une large échelle, le dernier objectif était de décrire et de comparer différents scénarios de sortie du confinement, à deux dates différentes : début mai ou début juin. Ces modèles restent hypothétiques, mais permettent de mieux comprendre quels pourraient être les effets du déconfinement et comment les mesures de dépistage aident à mieux les accompagner.

Les chercheurs ont modélisé 30 scénarios en modifiant à chaque fois un paramètre différent : maintien du télétravail pour tout ou partie de la population, fréquentation associée des transports, isolement des personnes âgées, ou encore réouverture partielle des activités commerciales. L’impact de chacune de ces stratégies a été pondéré par la mise en place en parallèle d’un dépistage massif pour l’isolement des cas positifs.

Quels sont les messages les plus importants à retenir ?
Dans tous les scénarios, c’est le dépistage à grande échelle qui fait la différence. Quel que soit le modèle décrit et la date de déconfinement retenue, les chercheurs montrent que toute stratégie de sortie de la quarantaine généralisée doit avant tout être accompagnée d’un déploiement massif des tests de dépistage et d’un isolement des cas détectés. Le rapport souligne qu’un confinement des personnes les plus vulnérables et qu'une mise en quarantaine des personnes testées positives au Covid-19 pourraient dans un premier temps s’avérer nécessaires. Éviter la « deuxième vague » de l’épidémie suppose de déployer des mesures de dépistage de grande ampleur, ciblées sur les personnes présentant des symptômes et celles identifiées comme ayant eu un contact avec des cas confirmés.

Le président de la République a annoncé des mesures de déconfinement. Ces modèles ne sont-ils pas déjà obsolètes ?
Les modèles développés par l’équipe de Vittoria Colizza servent avant tout à décrire différentes hypothèses d’évolution de l’épidémie pour en assurer un meilleur suivi au cours du temps, et à mieux interpréter les données issues du milieu hospitalier en les manipulant lors des modélisations.

Dans leurs différents scénarios, les chercheurs tablaient sur le maintien de la fermeture des écoles lors de la première étape de déconfinement. Ces modèles ont vocation à évoluer. Si les différents modèles présentés dans le rapport varient selon les hypothèses testées et s’ils doivent être affinés en prenant en compte les mesures annoncées lundi 13 avril, tous tirent les mêmes conclusions, en soulignant l’importance du dépistage et du suivi des contacts entre les individus afin de déterminer ceux à risque d’avoir été infectés pour les isoler. L’équipe s’est déjà remise au travail pour intégrer l’impact de la réouverture des écoles à ses modèles, en utilisant la même méthodologie. 
 
 
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