ACTUALITÉ INSERM
 
Covid-19 : cibler les macrophages pour lutter contre le syndrome respiratoire aigu
En ciblant des cellules du système immunitaire impliquées dans l’inflammation, une équipe Inserm de l’institut Gustave-Roussy à Villejuif espère réduire leur production de molécules associées à la survenue du syndrome respiratoire aigu chez les patients atteints de Covid-19. Les chercheurs misent dans un premier temps sur le repositionnement de médicaments déjà utilisés dans d’autres indications. Si cette approche thérapeutique s’avère payante, ils se lanceront dans le développement de médicaments plus spécifiques.
 
 
ACTUALITÉS DE LA RECHERCHE INTERNATIONALE
 
Remdesivir : des recherches à poursuivre
Le remdesivir est un médicament initialement développé pour traiter la maladie à virus Ebola. Ayant montré une activité significative in vitro pour lutter contre les coronavirus MERS-CoV et SARS-CoV, il suscite depuis plusieurs semaines de grands espoirs en matière thérapeutique, mais l’évaluation de son efficacité est compliquée par des données contradictoires et parcellaires.
Cependant, la communauté scientifique dispose désormais des résultats d’une étude clinique chinoise randomisée, contrôlée et multicentrique, qui servira de base solide pour affiner de futurs protocoles de recherche. Menée sur des patients atteints d’une forme sévère de Covid-19 et hospitalisés dans dix hôpitaux de la province du Hubei, elle a permis de suivre 158 malades traités au remdesivir, et 78 recevant un placebo.
 
À cause de la situation sanitaire chinoise, l’essai a été interrompu prématurément, mais les résultats obtenus demeurent précieux. Le délai d’amélioration clinique dans le bras remdesivir n’était guère plus court que dans le bras placebo, soit une médiane de 21 jours dans le premier contre 23 jours dans le second. Les auteurs n’ont pas relevé de bénéfice significatif du traitement sur la mortalité, et certains effets secondaires du médicament semblent préoccupants. Ils estiment qu’une étude disposant d’une puissance statistique supérieure serait souhaitable, ainsi qu’un essai clinique fondé sur une administration plus précoce du médicament avec une dose plus importante ou en association avec un autre traitement. La poursuite des recherches est d’autant plus pertinente que des essais menés actuellement aux États-Unis font état de résultats préliminaires plus optimistes.

Yeming Wang, et al. The Lancet, 29 avril 2020
DOI : 10.1016/S0140-6736(20)31022-9
 
 
Obésité et Covid-19 : les jeunes seraient également à risque
Récemment, de nombreuses études ont mis en évidence un lien entre obésité et risque de développer une forme sévère de Covid-19. En l’occurrence, la proportion de personnes avec un surpoids important admises dans les services de réanimation serait si élevée que l’obésité est désormais considérée comme l’une des comorbidités les plus fréquentes avec l’hypertension, le diabète ou encore les maladies cardiovasculaires.
 
Des chercheurs de l’université Johns-Hopkins, à Baltimore, ont tenté d’explorer davantage ces données, qui pourraient être essentielles à une politique de prévention dans les pays où la prévalence de l’obésité est particulièrement élevée. Aux États-Unis par exemple, elle concerne 40 % de la population. Ainsi, ils ont examiné le lien entre l’indice de masse corporelle (IMC) et l’âge de 265 patients Covid-19 admis en réanimation au sein de six grands hôpitaux universitaires américains, et ont observé une corrélation inverse : les patients les plus jeunes étaient plus fréquemment obèses que les adultes. Cette observation justifie selon eux d’adapter les recommandations de santé publique pour cibler les jeunes adultes, et éventuellement d’adapter les politiques de dépistage, afin de réduire la prévalence de formes très sévères de la maladie au sein de cette population. En effet, le présupposé selon lequel seuls les patients les plus âgés présentent un risque de développer une forme grave du Covid-19 est encore très fréquent.

David A Kass, et al. The Lancet, 4 mai 2020
DOI : 10.1016/S0140-6736(20)31024-2
 
C'EST DANS L'AIR
 
Maladie de Kawasaki : un lien avec le Covid-19, vraiment ?
L’infection par le SARS-CoV-2 pourrait-elle se traduire par des manifestations cliniques graves chez l’enfant, proches de la symptomatologie observée dans la maladie de Kawasaki ? Fin avril, des services pédiatriques au Royaume-Uni, en France et aux États-Unis ont rapporté un petit nombre de cas d’enfants hospitalisés présentant une maladie inflammatoire systémique, dont les symptômes évoquent cette maladie inflammatoire rare. Dans le contexte épidémique actuel, l’émergence de ces signes cliniques et leur lien avec le Covid-19 interrogent.

Qu’est-ce que la maladie de Kawasaki ?
Rare, cette maladie aiguë est caractérisée par une inflammation de la paroi des vaisseaux sanguins, particulièrement ceux du cœur (les artères coronaires). Elle touche principalement les jeunes enfants avant l’âge de 5 ans. Bien que des cas aient été rapportés dans le monde entier, la maladie est plus fréquente dans les populations asiatiques. En Europe, 9 enfants sur 100 000 la déclarent chaque année, avec un pic annuel saisonnier en hiver et au printemps. Grâce à un traitement précoce à base d’immunoglobulines, la grande majorité des patients guérissent rapidement et ne conservent aucune séquelle. Par ailleurs, ils ne redéveloppent ensuite quasiment jamais la maladie.

Sa cause reste encore mal comprise, même s’il est aujourd’hui clair que la maladie de Kawasaki est liée à la présence de certains virus dans l’organisme. Son déclenchement a en effet été associé à plusieurs types d’infections virales, et notamment à des virus respiratoires ou entériques. La maladie observée chez les enfants qui en sont atteints serait une conséquence de la suractivation du système immunitaire suite à l’infection par l’un de ces virus. Des facteurs génétiques joueraient aussi un rôle majeur pour expliquer la vulnérabilité de certains enfants à la maladie.

Que peut-on dire sur les cas observés ces derniers jours ?
Il faut d’abord souligner que, parmi les cas identifiés dans les hôpitaux français ces derniers jours, les manifestations cliniques ne sont pas tout à fait les mêmes chez tous les enfants.

Trois présentations se distinguent :
  • des enfants présentant les signes cliniques classiques de la maladie de Kawasaki, dont l’émergence peut correspondre au pic annuel. Certains de ces cas sont associés à la détection du SARS-CoV-2 mais d’autres virus peuvent aussi être en cause ;
  • des enfants présentant des formes plus atypiques de maladie de Kawasaki et sortant de la classe d’âge habituelle (la médiane étant de 8 ans), avec une plus grande atteinte du cœur (inflammations du muscle cardiaque) que dans la forme « classique » et une inflammation biologique intense témoignant d’un orage cytokinique, comme constaté dans les formes sévères de Covid-19 chez l’adulte ;
  • des enfants présentant d’emblée une insuffisance cardiaque due à une myocardite (atteinte inflammatoire du myocarde, le tissu musculaire du cœur), avec pas ou peu de signes de maladie de Kawasaki.

Il existe une forte coïncidence entre l’apparition de ces cas et la pandémie de Covid-19, mais les patients n’ont pas tous été testés positifs. Plusieurs questions restent donc en suspens et font actuellement l’objet d’investigations plus poussées dans les services de pédiatrie.
On sait que le SARS-CoV-2 a été impliqué dans des lésions au niveau des vaisseaux sanguins atteignant de nombreux organes : poumons, système nerveux, reins et cœur. Les formes atypiques de Kawasaki et de myocardites sévères observées chez certains des enfants hospitalisés rappellent ce mécanisme, mais ce lien doit encore être exploré.
Autre interrogation : pourquoi ces formes n’ont-elles pas été décrites dans les études menées en Chine, foyer originel de la pandémie, alors que la maladie touche préférentiellement les populations d’origine asiatique ?

Pour l’instant, tous les enfants hospitalisés répondent favorablement aux traitements classiques de la maladie de Kawasaki, avec une évolution positive, mais les cas ayant nécessité des soins en réanimation requièrent en plus des traitements tonicardiaques (qui stimulent le cœur).

Quelles sont les prochaines étapes ?
La veille épidémiologique et les recherches sur le sujet doivent se poursuivre pour comprendre comment ces cas s’intègrent dans le contexte épidémique actuel. Seule une infime proportion a été hospitalisée avec des symptômes de la maladie de Kawasaki. De manière générale, les enfants sont très peu à risque de développer des formes graves de Covid-19. Comme chez l’adulte, les formes les plus sévères surviennent chez des enfants obèses.

Des études publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture avancent des hypothèses pour expliquer pourquoi les enfants sont globalement peu touchés par le Covid-19. Elles portent en particulier sur l’absence du récepteur ACE2, auquel le SARS-CoV-2 se fixe pour infecter les cellules humaines. Ce récepteur est quasiment absent sur les cellules de l’enfant, apparaissant avec la maturation pulmonaire. Ces pistes de recherche doivent encore être confirmées afin de mieux comprendre l’impact de l’épidémie sur les plus jeunes.
 
 
Texte réalisé avec le soutien d’Isabelle Kone-Paut, responsable de registre pour la base de données Orphanet de l’Inserm et pédiatre à l’hôpital Bicêtre (Hôpitaux universitaires Paris-Sud / AP-HP)
 
LA PHOTO DU JOUR
 
 
Produire des visières dans l’urgence : une aventure au Parcc
 
Bertrand Tavitian (à droite), directeur de l'unité Imagerie du vivant au Centre de recherche cardiovasculaire de Paris (Parcc, unité 970, Inserm/Université de Paris), raconte comment, avec son équipe, il s'est lancé dans la fabrication express de visières pour protéger les soignants qui luttent contre le Covid-19. Sur cette photo, les visières sont  prêtes à être livrées aux différents services hospitaliers. Un récit à retrouver ici.

© Bertrand Tavitian​​ / Consortium 3D4care
 
 
Contact presse :
presse@inserm.fr
Facebook
Twitter
LinkedIn
Instagram
Youtube
 
 
© 2020 Inserm