ACTUALITÉS INSERM ET CONSORTIUM REACTING
 
Covid-19 et confinement : faire avancer les connaissances en participant aux enquêtes de nos chercheurs
Afin de documenter de nombreux aspects de la situation inédite que nous vivons actuellement, des équipes Inserm ont lancé de nombreuses enquêtes auxquelles toute personne peut répondre en ligne. Elles s’intéressent aux conséquences de la pandémie et de la mise en place du confinement à travers différents angles : connaissances de la population relatives au Covid-19, évolution de nos rapports sociaux, de nos comportements, retentissements psychologiques et cognitifs…
 
 
 
French Covid-19 : étudier les formes de la maladie nécessitant une hospitalisation
French Covid-19 est une cohorte observationnelle française lancée fin janvier, au tout début de l’épidémie liée au SARS-CoV-2 sur notre territoire. Elle compte désormais 2 000 patients hospitalisés. Son objectif est de documenter ces cas et d’apprendre à prédire le risque d’aggravation, pour mieux armer les médecins face à cette maladie encore largement inconnue.
 
 
 
DOSSIER - L’Inserm pleinement engagé dans la lutte contre la pandémie de Covid-19
Apparu en décembre 2019 à Wuhan, au centre de la Chine, le nouveau coronavirus SARS-CoV-2 s’est très rapidement propagé à l’ensemble de la planète, entraînant la pandémie la plus grave de notre histoire récente. Dès le début de cette crise sanitaire mondiale, l’Inserm s’est positionné comme un acteur de premier plan dans le monde de la recherche en France et à l’étranger, mobilisant ses nombreux experts sur des sujets liés aussi bien à la recherche fondamentale qu’à la thérapeutique ou à la modélisation de l’épidémie. Participant également à l’effort de solidarité nationale, l’Inserm s’est mobilisé afin de distribuer des dizaines de milliers de masques, gants, blouses, surchaussures, et réactifs aux équipes soignantes dans les hôpitaux.

Au 23 avril 2020, l’Inserm était impliqué dans 85 publications scientifiques sur le Covid-19 (y compris les publications en preprint), témoignant de la mobilisation et du dynamisme des chercheurs de l’Institut depuis le début de la pandémie. Ces travaux de recherche portent principalement sur les potentielles voies thérapeutiques, la recherche d’un vaccin, l’épidémiologie, la mise en place de la télémédecine, la prédiction de la dissémination du virus dans les différents pays, et sa transmission. Jamais la mission portée par l’Inserm, la science pour la santé, n’a été aussi importante.
 
 
ACTUALITÉS DE LA RECHERCHE INTERNATIONALE
 
La durée de l’excrétion virale réévaluée à la hausse
Les personnes infectées par le SARS-CoV-2 éliminent continuellement des particules virales, notamment par l’intermédiaire des fluides excrétés par la toux, ce qui constitue un indicateur de contagiosité : il est donc important de tester la présence du virus, même après la disparition des symptômes, pour déterminer quelles personnes doivent s’isoler afin de ne contaminer personne.

Des médecins et chercheurs de l’hôpital Tongji, à Wuhan, ont étudié la durée de l’excrétion virale chez 56 patients Covid-19 hospitalisés présentant des symptômes légers à moyens. Plutôt que d’effectuer un suivi au cours de la phase aiguë de la maladie, comme la plupart des études réalisées jusque-là, ils ont opté pour une observation prolongée des patients. Leurs résultats indiquent que l’excrétion virale chez les patients convalescents peut se poursuivre jusqu’à 6 semaines après le début des symptômes ! Les tests PCR se sont révélés positifs chez la majorité des patients durant les 3 premières semaines, et à partir de la quatrième, le nombre de tests négatifs a augmenté progressivement. Enfin, la durée médiane entre le début des symptômes et la fin de l’excrétion virale a été évaluée à 24 jours.
 
Néanmoins, on ne sait pas si les malades peuvent transmettre le virus durant toute la période d’excrétion virale : en attendant de mieux comprendre le lien entre les deux phénomènes, il faudra prendre en compte ces nouvelles données pour exploiter au mieux les résultats des tests PCR, notamment pour recommander ou non l’isolement à un patient testé positif, et en déterminer la durée.
 
Ai Tang Xiao, et al. Clinical Infectious Diseases, 19 avril 2020.
DOI : 10.1093/cid/ciaa460
 
 
Détection des anticorps : des méthodes efficaces à l’horizon
Pour savoir qui est susceptible d’avoir développé une immunité au Covid-19, même partielle et momentanée, il est nécessaire de détecter et de doser les anticorps développés par les individus infectés. À l’échelle d’une population, ces données permettent d’évaluer la proportion d’individus potentiellement immunisés, et d’adapter ainsi les mesures de santé publique. Enfin, dans un but diagnostique, elles permettent de compléter les données issues des tests PCR, qui visent à déterminer qui est infecté par le virus en un temps T. Mais quels anticorps faut-il cibler pour obtenir des données de séroconversion exploitables ?

Des chercheurs de l’université de sciences et de technologies de Huazhong, à Wuhan, ont étudié les immunoglobulines M (IgM) et les immunoglobulines G (IgG) développées suite à une infection au SARS-CoV-2, dans des échantillons biologiques prélevés chez 85 patients. Ils montrent que les anticorps IgM et IgG sont détectés dès 4 jours après le début des symptômes, ou au plus tard au 7e jour, grâce à un test sérologique de type ELISA, et restent détectables jusqu'à 30 jours minimum. Selon les chercheurs, la grande spécificité de ces anticorps les rend éligibles à un dosage à visée diagnostique, surtout à un stade avancé de la maladie. En cas de test négatif soulevant le doute, ils conseillent de refaire la sérologie après 10 jours. Évidemment, le lien entre séroconversion et robustesse de l’immunité reste à éclaircir.
 
Fei Xiang, et al. Clinical Infectious Diseases, 19 avril 2020.
DOI : 10.1093/cid/ciaa461
 
C'EST DANS L'AIR
 
Tabagisme et Covid-19 : que montrent les publications scientifiques ?
Le tabagisme est-il un facteur de risque de développer le Covid-19 ? La nicotine pourrait-elle avoir des effets protecteurs ? Si ces questions font l’objet de nombreux articles de presse, le lien entre la maladie et le fait de fumer est loin d’être clair. Les conclusions des publications scientifiques sur le sujet s’appuient sur des données limitées comme l’indique une revue de littérature publiée dans le journal Tobacco Induced Diseases. Globalement, ces résultats sont en faveur d’un risque de développer une forme grave de Covid-19 augmenté chez les fumeurs par rapport aux non-fumeurs, mais quelques travaux contradictoires ont été rapportés.

Depuis le début de l’épidémie, plusieurs études décrivant le profil clinique et épidémiologique de patients positifs au Covid-19 et s’intéressant notamment à leur statut de fumeur ont été publiées. Les conclusions de ces travaux, qui portent souvent sur un nombre restreint d’individus, sont dans l’ensemble affaiblies par l’absence de définition claire, bien contrôlée et homogène d’une publication à l’autre sur ce qui définit un "fumeur". À partir de quelle consommation entre-t-on dans cette catégorie ? Et quid des anciens fumeurs ? Ces distinctions sont rarement faites, et compliquent donc l’analyse des résultats présentés dans ces études. De plus, celles-ci ne s’intéressent pas toujours aux mêmes "issues" pour les patients : certaines se penchent plutôt sur les facteurs associés au décès, d’autres sur ceux associés à une forme sévère de la maladie ou à une réanimation lourde. Cela les rend difficilement comparables.

L’argument selon lequel fumer ne serait pas un facteur de risque de développer une forme grave de Covid-19, et aurait même des vertus protectrices, s’appuie principalement sur des études qui constatent un taux particulièrement bas de fumeurs chez les patients en réanimation atteints du Covid-19. Un exemple parmi d’autres : une méta-analyse en preprint a été particulièrement diffusée pour soutenir cet argument. Elle s’appuie sur 13 études menées sur des patients hospitalisés en Chine. En prenant en compte les données qui en sont issues, les auteurs constatent qu’entre 1,4 % et 12,6 % des patients en réanimation sont "fumeurs", pour une prévalence tabagique de près de 27 % en Chine dans la population générale.

De tels chiffres sont à manier avec précaution. Pour pouvoir donner un sens à la comparaison, tout le problème repose sur le choix du groupe auquel on compare la proportion de fumeurs. Ici, la prévalence de fumeurs au sein de la population générale et dans l’étude sont établies à partir de méthodologies et de définitions de la consommation de tabac différentes. Ces deux groupes peuvent donc difficilement être comparés. Par ailleurs, cette prévalence plus faible de fumeurs chez les patients en réanimation doit être analysée à la lumière d’autres facteurs sociodémographiques, et notamment en fonction de l’âge des patients. Ainsi, chez les personnes âgées, la prévalence de fumeurs tend à être inférieure à la prévalence de fumeurs dans la population générale. Or, la plupart des patients hospitalisés pour formes graves de Covid-19 sont des personnes âgées, principalement des hommes. Il est donc difficile de conclure de cette faible proportion de fumeurs en réanimation que fumer pourrait conférer une protection contre la maladie à l’ensemble de la population.

D’autres études mettent au contraire en évidence que fumer pourrait être associé à un risque plus élevé de développer une forme grave de la maladie. Ainsi, dans une étude publiée dans le New England Journal of Medicine portant sur des patients chinois hospitalisés, le pourcentage de fumeurs et d’anciens fumeurs était plus élevé parmi les cas sévères de Covid-19 (respectivement 17 % et 5 %) que parmi les cas non sévères (respectivement 12 % et 1 %). De plus, lorsqu’on s’intéresse à un critère de gravité qui combine prise en charge en soins intensifs, ventilation assistée ou décès, le pourcentage de fumeurs dans cette catégorie est de 25,8 %, alors qu’il n’est que de 11,8 % chez ceux qui ne présentent pas ce critère de gravité. Si là encore un travail pour mieux contrôler les définitions utilisées est nécessaire, ces résultats indiquent bien que l’association entre tabagisme et Covid-19 n’est pas si simple à démêler. À noter que les chiffres concernant le tabagisme sont d’ailleurs donnés dans cette étude dans un tableau sans être commentés, ni discutés par les auteurs eux-mêmes.

Une étude française publiée en preprint le 21 avril a tenté de mieux prendre en compte les facteurs confondants identifiés dans les publications antérieures. Suggérant que les fumeurs actifs pourraient, dans une certaine mesure, être protégés contre l’infection par SARS-CoV-2, l’étude a ouvert des pistes de réflexion sur les mécanismes biologiques en jeu, en particulier l’hypothèse que l’infection ferait intervenir le récepteur nicotinique de l’acétylcholine. Des études cliniques pour évaluer l’impact thérapeutique d’agents modulateurs du récepteur nicotinique sur l’infection par SARS-CoV-2 ont été lancées. Néanmoins, ces résultats doivent avant tout être encore approfondis, les populations étudiées mieux définies, et l’étude soumise à une relecture par les pairs.

Enfin, il est important de souligner que les facteurs de risques établis de sévérité du Covid-19, tels que l’obésité, les maladies cardiovasculaires, les pathologies respiratoires chroniques ou le diabète sont plus fréquents chez les fumeurs, comme le rappelle une récente revue de littérature publiée dans Nicotine and Tobacco Research. Les patients ayant des maladies inflammatoires chroniques des bronches comme la bronchopneumopathie chronique obstructive (dont le tabagisme est la principale cause) sont très vulnérables au Covid-19. Se tourner vers la cigarette pour prévenir le développement de la maladie n’est donc pas indiqué et l’arrêt du tabac chez les patients présentant des comorbidités est une priorité.
 
Texte réalisé avec les chercheurs Inserm Raphaëlle Varraso (unité Inserm 1168, Vieillissement et maladies chroniques, approches épidémiologiques et santé publique) et Alexis Elbaz (unité Inserm 1018, Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations)
 
LA PHOTO DU JOUR
 
 
Produire des visières dans l’urgence : une aventure au Parcc
 
​Bertrand Tavitian, directeur de l'unité Imagerie du vivant au Centre de recherche cardiovasculaire de Paris (unité 970 Parcc, Inserm/Université de Paris), raconte comment, avec son équipe, il s'est lancé dans la fabrication express de visières pour protéger les soignants qui luttent contre le Covid-19. Un récit à retrouver ici.
 
© Bertrand Tavitian​​ / Consortium 3D4care ​
 
 
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